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traitement d’une impuissance
30 mai, 2011, 21:56
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Le Généraliste N° 1963 Vendredi 3 septembre 1999 ………………………….FMC Hypnose, avec prudence !

Dr Christian BELLEDENT (Narbonne [11])

L’hypnose éricksonienne, utilisée avec prudence par un thérapeute expérimenté,
s’emploie efficacement dans un certain nombre de troubles psychiques et physiques.
Expérience d’un praticien.
Depuis deux siècles, l’hypnose a été utilisée par les médecins dans des perspectives thérapeutiques diverses. Cette pratique a beaucoup évolué et les reproches qu’on lui fait d’habitude s’adressent en fait à un mode d’utilisation dominateur qui se contente, naïvement, de suggérer au patient ce que le thérapeute croit bon. En réalité, il existe un mode de fonctionnement psychique, dit « hypnotique », qui permet au patient d’obtenir ce qu’il ne peut atteindre de sa seule volonté, c’est-à-dire des restructurations. Le thérapeute expérimenté se contente d’utiliser intelligemment cette aptitude psychique et de guider le patient dans un travail psychologique utile, sans que cela ne pose de problèmes éthiques et sans faire courir au patient le moindre risque. Cela dit, l’hypnose « sauvage » reste un danger.
PARAMÉTRABLE, REPRODUCTIBLE ET VALIDÉ
On désigne sous le terme hypnose un état modifié de conscience (EMC) repérable à des signes objectifs et subjectifs, paramétrable, reproductible, validé par l’expérimentation, qui interroge les relations psychisme-physique : diminution du temps de saignement, disparition de la sensibilité à la douleur, brûlure locale avec phlyctène obtenue par suggestion, négativation de la réactivité cutanée à un allergène.
Pendant l’état hypnotique, la communication est maintenue en permanence. Le patient peut ensuite se souvenir de tout ce qu’il a entendu et fait, mais une technique d’amnésie (par distraction ou structurée) peut lui en faire oublier une partie ou la totalité.
L’hypnose éricksonienne (Milton Erickson, 1901-1980) est permissive, les suggestions y sont indirectes. Tout le monde y est réceptif, car il y a des techniques pour travailler avec les sujets résistants. Avant la séance, on demande au client ce qu’il sait de l’hypnose, ce qui permet de corriger ses présupposés erronés. L’hypnose éricksonienne est, sauf cas particulier, contre-indiquée chez les psychotiques et dans les états limites. Le patient peut reprendre rapidement le processus à son compte, car toute hypnose est autohypnose.
UNE SÉANCE D’HYPNOSE ÉRICKSONIENNE
Le patient est un médecin qui souffre d’un dysfonctionnement érectile depuis deux ans. Il me consulte parce que je figure à la rubrique sexologue. C’est moi qui propose l’hypnose éricksonienne, qu’il ne connaît pas, comme abord thérapeutique. Il est assis sur un canapé. Cette unique séance aura un résultat positif et stable.
« Vous vous installez dans une position où vous êtes bien soutenu. Laissez les mains naturellement sur les cuisses. Vous pourrez rester assis comme ça, ou ajuster votre position, tant que vous ne serez pas en hypnose [implication : le client va rentrer en état d’hypnose]. Vous choisissez une main et vous allez être attentif aux perceptions qui vous parviennent [focalisation de l'attention, qui va faciliter l'entrée en hypnose]. » Je commence à parler uniquement pendant les temps expiratoires du client (pacing respiratoire, qui facilite l’induction). L’élocution va donc se ralentir au fur et à mesure que la respiration s’approfondit. Les pointillés entre deux séquences de phrases correspondent au temps inspiratoire du patient. La voix reste naturelle, il n’y a plus de ponctuation. « … Vous savez … par la voie sensitive … la réticulée activatrice… et la réticulée inhibitrice… peuvent moduler les sensations… un peu le principe… de la préparation à l’accouchement [j'utilise le même langage que mon patient pour qu'il se sente en terrain connu ; c'est ici une allusion indirecte à la relaxation, voire à la sophrologie, autres techniques plus connues qui induisent un état modifié de conscience] n’importe quelle sensation … le poids de la main … ou le contact avec le tissu … ou l’alliance ... [j'ai repéré qu'il surveille la main gauche ; j'espère qu'au niveau inconscient il va trouver quelque chose dans le mot alliance] et la sensation peut varier … la main peut être plus présente … ou se faire oublier … ou se remanifester … [choix illusoire : l'affirmation couvre toutes les possibilités] ... et il peut y avoir déjà eu … ou il peut y avoir bientôt … une variation dans la sensation … peut-être un fourmillement … ou un engourdissement … parce que vous commencez à vous relaxer [suggestion composée que le patient va accepter car sa logique habituelle n'est plus opératoire] tandis que … le regard peut se brouiller … et c’est tout à fait normal [réassurance] que le regard se fatigue … quand les yeux regardent fixement … et les paupières … commencent à se fixer … [donnée d'observation et signe objectif de la transe] … il est possible … que les yeux se ferment d’eux-mêmes… ou restent ouverts... [choix illusoire : en fait les yeux resteront ouverts toute la séance] … et en contact avec la main … et pendant que je parlais … des modifications sont apparues … la respiration s’est ralentie … et approfondie … et chaque inspiration … peut installer un peu de calme ... [suggestion d'un état de confort croissant] et … au fur et à mesure … [terme de progression] … de ce début de relaxation … [congruence : je ne parle de relaxation que parce que j'en ai des indicateurs visuels] … et les muscles de la main… se sont légèrement contractés … des petits mouvements très fins … au niveau des doigts … et … la partie de l’esprit … qui reste vigilante [dissociation] … peut… rester dans la main [verbe du premier groupe, qui se prononce de la même façon à l'infinitif et à l'impératif ; hypnose partielle : tout va se passer dans la main, qui commence à se soulever ; la lévitation sert à ratifier et à approfondir l'hypnose éricksonienne] … il se peut que la main … devienne plus légère … et cela montre … comment … dans un état de conscience … un peu différent … de l’état habituel … une partie du psychisme … peut avoir une influence … sur une partie du corps ... [début de la phase de travail — au cours de la relation sexuelle, il y a aussi passage d’une conscience vigile à un état modifié de conscience. La lévitation de la main est proposée comme métaphore de l’érection. Je n’ai plus qu’à accompagner la lévitation, en la décrivant par moments, en l’anticipant à d’autres. Je peux recommencer à parler à un rythme spontané : « … L’index vient de se soulever légèrement … il ne perçoit plus le contact avec le tissu, la paume de la main commence à se soulever … » Quand l’avant-bras a atteint un angle d’environ 45°, je suggère : « Et votre bras peut se maintenir dans cette position aussi longtemps qu’il le désire, très facilement [il ne ressent aucune fatigue]. » Plus loin au cours de la séance, je réinduis la lourdeur du bras : « Votre main va progressivement retrouver son poids habituel et vous allez être surpris de constater à quel point le bras résiste à la descente de la main [signe subjectif et objectif]. » La descente du bras se fait par petits mouvements successifs, comme si l’épaule et le coude étaient des roues dentées. Si j’appuyais sur le poignet, je sentirais le phénomène. « La main va reprendre contact avec la cuisse. Si on sonne à la porte, j’irai ouvrir, et vous continuerez de vous-même [introduction à la notion d'autohypnose]. » Je commence à induire une paralysie du bras : « Votre bras est relaxé [donnée d'observation]. Cette sensation de détente est véhiculée jusqu’au cerveau par les fibres sensitives … et il y a aussi les fibres motrices … le nerf cubital et le nerf radial ... [approfondissement de la transe par reprise du pacing respiratoire] c’est un apprentissage... [en hypnose éricksonienne, l'esprit adhère au signifiant] … comme d’autres choses … que vous avez apprises … et que vous utilisez … automatiquement … même si vous ne percevez pas encore … consciemment … en quoi ce que vous faites en ce moment… peut avoir un rapport … [adhérence au signifiant] … avec ce que vous ferez … plus tard [projection dans le futur] et il y a tous ces moments … avec cette confiance en vous … cette aisance dans le corps … et votre inconscient peut en retrouver la trace [pour Erickson, l'inconscient est aussi le siège de la gestion des activités automatiques et des expériences ressources] … votre esprit inconscient peut temporairement déconnecter le nerf cubital et le nerf radial … … … » [l'adverbe "temporairement" est destiné à éviter l'inquiétude] … … et vous ressentez toute cette difficulté qu’il y a à soulever le bras [effort musculaire vain du patient : les muscles se contractent mais le bras reste inerte] … vous pouvez maintenant ressentir toute votre impuissance [la respiration, qui était ample et régulière, devient difficile -- l'impotence du bras est une métaphore du trouble sexuel] … … vous pouvez peut-être y faire quelque chose avec la respiration … prendre une bonne respiration … [le client suit l'indication] … et soulever le bras [verbe du premier groupe : soulever se prononce comme soulevez, ce qui renforce l'injonction. Le bras bouge aisément cette fois]. » Je guide le retour : « … Vous allez dans quelques respirations commencer à vous réorienter, à votre rythme, à vous retrouver dans cette pièce, sur ce canapé. Quand vous déciderez d’ouvrir les yeux, vous aurez retrouvé votre vigilance et j’espère que vous aurez fait le plein d’énergie pour l’après-midi. »
L’HYPNOSE POUR QUI ?
L’hypnose éricksonienne s’emploie comme support psychothérapique et en complément d’un abord médical classique. Ses principales indications sont les phobies, la dépression, les attaques de panique, les névroses post-traumatiques, le sevrage tabagique, la boulimie, les surpoids, les dysfonctionnements sexuels qui ne sont pas d’origine organique (diminution de la libido, troubles de l’érection, éjaculation prématurée, vaginisme, anorgasmie), les troubles fonctionnels digestifs, la prise en charge de la douleur, l’HTA essentielle, les migraines, les acouphènes avec audition conservée. Erickson a aussi développé un concept de communication hypnotique, parfois dite « hypnose sans hypnose », qui ouvre un champ d’intervention beaucoup plus vaste, par exemple sur le renforcement de l’anticipation favorable de l’effet d’un médicament, sur la dédramatisation des rappels de vaccin chez l’enfant ou des sutures de plaies.
ICI AUSSI, DES EFFETS INDÉSIRABLES
L’hypnose éricksonienne est une technique élégante, mais requiert beaucoup de technicité. Elle utilise d’autres techniques et concepts que ceux déjà évoqués. Nous citerons l’orientation sensorielle, la confusion, le signaling, la position basse, les contes, les métaphores (au sens littéraire cette fois), la distorsion du temps, la pseudo-orientation dans le temps, la prescription du symptôme, la prescription de tâches.
Divers incidents plus ou moins désagréables, dont quelques exemples suivent, guettent en effet l’opérateur inexpérimenté :
– échec de l’induction par incongruence : le thérapeute suggère, par exemple, au patient qu’il commence à se relaxer alors qu’une observation fine lui montrerait que ce dernier est en fait inquiet ; il fallait partir du ressenti du patient, donc de son inquiétude et le faire verbaliser ;
– déclenchement d’une crise d’angoisse : cela peut survenir dans le cas où le médecin n’a pas pris le temps d’une anamnèse soigneuse (le patient a oublié de lui dire qu’il était épileptique et panique parce qu’il perd le contrôle) ;
– abréaction, par induction involontaire d’une régression en âge ou par levée intempestive du refoulement (l’opérateur suggère à une patiente de retrouver « un souvenir … agréable », mais il n’a pas le temps de prononcer le mot agréable que cette dernière est submergée par un traumatisme sexuel qu’elle a subi enfant) ;
– confusion résiduelle à l’issue de la séance (le thérapeute oublie de s’assurer que le patient a bien retrouvé toute sa vigilance et ce dernier prend le périphérique en sens interdit) ;
– persistance d’une paresthésie du bras à la suite d’une catalepsie induite pendant la séance ; le patient risque d’être gêné pendant plusieurs jours et, du fait d’un phénomène d’amnésie, de ne pas relier ce handicap à un artefact provoqué par sa séance.
UNE SOLIDE FORMATION
Il ne faut donc pas pratiquer sans formation préalable auprès d’un praticien expérimenté. La lecture d’un livre est très utile mais ne donne aucune qualification dans ce domaine. Il faut aussi savoir se limiter aux situations que son expérience permet de prendre en charge. En général, la formation comprend trois niveaux : un module initiation, au cours duquel sont étudiés les concepts et les techniques de base, et qui permet de commencer à pratiquer dans des situation simples ; suivent un module de perfectionnement où sont apprises des techniques plus complexes en fonction des diverses indications ; la participation à un stage de supervision permet d’obtenir la caution du formateur, qui garantit que vous êtes devenu un hypnothérapeute expérimenté.
Bibliographie

Godin Jean, la Nouvelle Hypnose : vocabulaire, principes et méthode, Bibliothèque Albin Michel, collection « Idées ».

Megglé Dominique, les Thérapies brèves, Retz, collection « Psychologie dynamique ».

Malarewicz Jacques-Antoine, Cours d’hypnose clinique : études éricksoniennes, ESF, collection « Sciences humaines appliquées ».

Copyright © Le Généraliste – MMI, réalisation Jouve



De l’hypnose classique à l’hypnose moderne
30 mai, 2011, 16:27
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Cet article avait été écrit par mon maître Jean GODIN pour l’ Encyclypédie médico-chirurgicale. Il a depuis été remplacé par un autre article. Je le publie ici en son hommage.

 

L’hypnothérapie
est une approche thérapeutique dont nous allons voir les possibilités
originales.

Cette
approche suppose l’utilisation de certains savoir-faire qui sont dérivés des
pratiques d’hypnotisme qui, depuis deux siècles, enthousiasment, irritent ou
découragent le corps médical.

En
effet, on s’est aperçu que certains comportements de la part de thérapeutes,
dans certains contextes, sont à l’origine de réponses surprenantes de la part
des patients. Or, ces pratiques intéressent les scientifiques et sont liées à
la médecine dans la mesure où on leur a reconnu dès l’origine des vertus
curatives. Et pourtant, les façons de faire et les conceptions théoriques qui
les ont accompagnées ont varié avec les époques. Encore actuellement l’hypnotisme
(les pratiques) et l’hypnose (ce qui en découle pour le patient) sont loin
d’être des phénomènes clairs. Il s’agit de toute évidence, de phénomènes
psychophysiologiques extrêmement complexes, pour lesquels les conceptions
explicatives ne peuvent encore être que parcellaires.

 

L’hypnose
est un phénomène qui a intrigué le corps médical depuis deux cents ans.

Il
retrouve actuellement un regain d’intérêt indéniable. Il a évolué, en
particulier ces dernières années, avec l’introduction de conceptions et de pratiques
nouvelles.

Il
a des applications importantes en médecine générale et en psychothérapie.

 

Définition

 

Il
existe dans la littérature de nombreuses définitions du phénomène hypnose. Il
s’agit en effet d’interactions complexes entre des phénomènes psychiques,
quelquefois décrits comme un état, et des phénomènes relationnels.

Afin
d’englober les diverses formes d’hypnose, nous proposons la nouvelle définition
suivante:

L’hypnose
est un mode de fonctionnement psychologique dans lequel un sujet, grâce à l’intervention
d’une autre personne, parvient à faire abstraction de la réalité environnante
tout en restant en relation avec l’accompagnateur. Ce débranchement de la
réaction d’orientation à la réalité extérieure, qui suppose un certain
lâcher-prise, équivaut à une façon originale de fonctionner, à laquelle on se
réfère comme à un état.

Ce
mode de fonctionnement particulier fait apparaître des possibilités nouvelles:
par exemple des possibilités supplémentaires d’action de l’esprit sur le corps,
ou de travail psychologique à un niveau inconscient.

 

Emergence de l’hypnose dans le monde
scientifique

 

La
facon dont le phénomène hypnose a émergé dans l’histoire des idées influence
nos perspectives actuelles, dans la mesure où nos concepts ne sont souvent que
le reliquat de conceptions plus anciennes. Par ailleurs, le phénomène
hypnotique, tel qu’il va apparaître, n’est pas indépendant des idées que les
deux protagonistes ont dans la tête et de leurs interactions. Il s’ensuit, par
exemple, que la référence au sommeil et la passivité qu’elle implique, qui ont
marqué historiquement le concept d’hypnose, ne font pas obligatoirement partie
des “nouvelles hypnoses”.

 

L’hypnose avant Mesmer:
dans les temps anciens, il semble que l’on ait utilisé le pouvoir de certains “états
psychologiques” dont les manifestations étaient surprenantes, dans une
perspective magique ou religieuse.

 

Mesmer (1734-1815).
Docteur en médecine, il a révolutionné le monde médical en France il y a
environ deux siècles avec ce qu’il appelait le “magnétisme animal”. Le
traitement magnétique consistait à établir un “rapport” avec le malade dans le
contexte d’une attente soigneusement entretenue. Le toucher tenait une grande
place dans la relation médecin-malade mesmérienne. Mesmer organisait aussi des
séances collectives. Dans ce contexte, un certain nombre de patients
présentaient des crises excito-motrices extrêmement spectaculaires qui, pour
Mesmer, étaient nécessaires à la guérison. Mesmer a soutenu la théorie qu’un
fluide était émis par les humains et que l’harmonie de ce fluide avait des
vertus thérapeutiques.

 

Chastenet de Puységur (1751-1825).
Puységur est un disciple de Mesmer dont un des patients a présenté un jour un
état particulier. Au lieu d’être amené à la crise convulsive, le malade est mis
dans un état de docilité où il ne cesse jamais d’étre en dialogue verbal avec
le magnétiseur. Au réveil il ne se souvient de rien. Puységur parle pour
caractériser cet état de « somnambulisme provoqué ».

 

L’abbé de Faria (1755-1819).
C’était un moine portugais qui, vers les années 1815, a ouvert un cours public
de magnétisme à Paris. Il est le premier à comprendre que le phénomène est
avant tout psychologique et il l’assimile à un « sommeil lucide ». Pour
l’obtenir, il intime à ses sujets l’ordre de dormir. Il développe l’idée
importante de « misattribution », à savoir que les personnes
hypnotisées ont tendance à tort à attribuer le « pouvoir » à
l’hypnotiseur.

 

Braid (1795-1860).
Chirurgien écossais, a consacré le terme d’hypnose (déjà employé par Hénin de
Cuvillers) qu’il définit comme un « sommeil nerveux ». Le phénomène
serait de nature neurophysiologique, lié en grande partie à la fixation du
regard, et à la fatigue oculaire ainsi induite.

 

Charcot (1825-1893).
Professeur de neurologie à la Salpétrière, attache de l’importance à ce qu’il
croit être les facteurs physiques de l’hypnose. Il cherche à systématiser les
phénomènes, tout en comparant les phénomènes hypnotiques aux manifestations
hystériques.

 

Janet (1859- 1947).
Elève de Charcot, il a pratiqué intensivement l’hypnose et il est à l’origine
de théories et pratiques qui ont marqué l’histoire de l’hypnose. Il conçoit
l’hypnose comme un mode de fonctionnement inférieur du psychisme, mais pas
comme un sommeil.

 

Liébault (1823-1904).
Pour Liébault, l’hypnose est un sommeil voisin du sommeil normal (si ce n’est
que le sujet reste « en rapport » avec l’opérateur), mais obtenu par
suggestion. Tout en continuant à se faire regarder dans les yeux, il annonce à
ses patients ce qu’ils doivent ressentir, c’est-à-dire les symptômes qui
précèdent le sommeil.

 

Bernheim (1840-1919).
Il pratique comme Liébault, mais parvient à la conclusion que le sommeil
naturel ou provoqué n’est pas indispensable à la réalisation des phénomènes
hypnotiques, dans la mesure où toute idée suggérée tend à se faire acte. Cela
veut dire en réalité: « il n’y a pas d’hypnotisme, il n’y a que de la
suggestion, c’est-à-dire, il n’y a pas un état spécial, artificiel, anormal ou
hystérique qu’on peut qualifier d’hypnose, il n’y a que des phénomènes de suggestion
exaltée qu’on peut produire dans le sommeil naturel ou « provoqué ».
« Le sommeil donc exalte la suggestibilité, d’une part parce qu’il augmente
la crédivité (= le fait de croire sans preuves) en supprimant le raisonnement,
d’autre part parce qu’il augmente la force idéodynamique par la prédominance
des facultés d’imagination: ce sont ces deux éléments qui constituent le
phénomène de la suggestion ».

 

Conceptions actuelles de l’hypnose

 

Actuellement,
deux grandes conceptions de l’hypnose coexistent et diffèrent, non seulement
dans les hypothèses qui les sous-tendent mais aussi dans la manière de
pratiquer l’hypnotisme, dans les effets qu’elles suscitent, dans les résultats
qu’elles permettent d’espérer, et dans les problèmes éthiques qu’elles soulèvent.

 

Selon
la terminologie de Weitzenhoffer, nous isolerons:

 

-
l’hypnotisme « traditionnel », qui s’est développé à la suite de
Bernheim, et qui assimile en grande partie l’hypnose à la suggestion. Les
hypnotiseurs de music-hall sont proches de cette pratique. L’hypnotisme
traditionnel n’est plus pratiqué que rarement par les médecins.

 

-
I’hypnotisme non traditionnel, inspiré par les travaux du courant
cognitivo-comportemental, par Barber, et par l’apport considérable dans ce
domaine d’Erickson. Ce courant est parfois nommé « nouvelle hypnose »
(Araoz, 1985)

 

Toutefois,
il faut savoir que la plupart des praticiens se situent à un niveau «
semi-traditionnel », c’est-à-dire qu’ils utilisent certains apports nouveaux,
tout en gardant, pour la plus grande part, la conception et la pratique de
l’hypnose suggestion.

 

Conception traditionnelle de l’hypnotisme et de
l’hypnose

 

Principes
généralement admis en hypnose traditionnelle

 

Dans
la conception traditionnelle de l’hypnose, un certain nombre de données sont
généralement admises.

-
Une personne (l’opérateur) en influence une autre (le sujet)

-
Il utilise pour cela un certain mode de communication.

-
Cette communication était traditionnellement autoritaire, mais cela n’est plus
habituel. Le prestige de l’opérateur reste un atout important.

-
Cette communication utilise préférentiellement des suggestions directes,
décrivant au sujet ce qui va se passer, de façon souvent répétitive et
monotone.

-
Ce mode de communication est spécial dans la mesure où il va susciter chez le
sujet des réponses non volontaires et parfois non conscientes.

-
Cette communication spéciale appelée « induction » est supposée être à
l’origine d’un « état modifé de conscience » chez le sujet, encore
appelé « état de transe hypnotique ». Les états modifiés de conscience
semblent présenter le caractère commun qu’ »un sujet y perd toujours plus
ou moins son identité à travers la transe » (Chertok).

-
Cet état hypnotique augmenterait la « suggestibilité » du sujet,
c’est-à-dire l’aptitude à accepter et à réaliser de nouvelles suggestions.

-
Un certain nombre de caractéristiques psychologiques sont supposées liées à cet
état: une relative soumission, une « régression psychologique »,
des »transferts massifs et sauvages », ce que la nouvelle hypnose ne
constate pas.

-
Des comportements suggérés par l’opérateur peuvent apparaitre indépendamment de
la volonté du sujet pendant l’expérience, mais aussi après celle-ci, dans le
contexte de ce que l’on a appelé la suggestion posthypnotique.

-
Parfois spontanément, mais plus souvent en réponse à la demande de l’opérateur,
le sujet peut ne pas se souvenir de l’expérience.

-
Des phénomènes dénommés « phénomènes spécifiques de l’hypnose » peuvent
apparaître soit spontanément, soit à la demande.

-
En réponse aux suggestions ou spontanément, des modifications physiologiques
peuvent apparaître.

 

Possibilité d’être hypnotisé. Echelles
d’hypnotisabilité

 

Dans
la conception traditionnelle, la réalisation de l’expérience hypnotique est
fonction d’un trait de personnalité appelé hypnotisabilité. A une extrêmité, il
y a de bons sujets avec qui il est possible de réaliser la quasi-totalité des
phénomènes (de l’ordre de 10 %), et à l’autre extrêmité il y a des sujets qui
ne seraient pas hypnotisables (de l’ordre de 20 %). Ce trait de personnalité peut
être mesuré à l’aide d’échelles d’hypnotisabilité encore appelées échelles de
susceptibilité hypnotique.

L’analyse
de ces échelles permet de mettre en évidence ce qu’est une induction hypnotique
traditionnelle et d’illustrer ce que l’on entend par suggestion directe. En
fait, il y a trois types de suggestions: les premières informent le sujet que
certains comportements vont apparaître ou apparaissent (par exemple
l’abaissement de la main), les secondes disent au sujet qu’il ne peut pas
réaliser tel comportement et le mettent au défi de le faire (par exemple
décoller les mains croisées), les troisièmes se rapportent à des altérations
cognitives ou perceptuelles (par exemple l’hallucination d’un moustique).

 

Induction hypnotique traditionnelle

 

Comme
modèle d’induction traditionnelle, nous pouvons prendre les échelles de
susceptibilité hypnotique très utilisées en hypnose expérimentale. Voici à
titre d’exemple comment procède l’échelle de Harvard qui comporte 12 items
(Shor et Orne, 1962)

Le
premier item correspond à une suggestion simple en dehors de tout contexte
hypnotique. Il s’agit de l’inclinaison irrésistible de la tête. On demande au
sujet d’évoquer cette idée les yeux fermés. On lui explique que cette idée aura
tendance naturellement à se réaliser. Cette idée, sous des formes diverses, est
répétée un certain nombre de fois.

Le
second item, la fermeture des yeux, correspond en fait à l’induction hypnotique
proprement dite. On explique au sujet que l’hypnose n’est pas différente du
fait de regarder un bon spectacle au point que l’on oublie que l’on est un
spectateur. Ces consignes permettent de mettre en évidence un certain nombre de
points.

-
Les suggestions de sommeil sont au premier plan et elles sont répétées: les
mots dormir ou endormi 19 fois, le mot sommeil 5 fois,

-
Les injonctions, c’est-à-dire les propositions dans lesquelles l’opérateur
prend la position haute et commande, commencent à apparaître: « Bientôt
vous serez incapable de garder les yeux ouverts plus longtemps »…, « Vous
allez bientôt ne plus pouvoir résister »… « vous sombrez… ».
« Je veux que vous continuiez à porter attention… « , « vous
allez bientôt ressentir diverses choses que je vais vous demander de
ressentir », …, « Vous ne vous réveillerez pas avant que je vous le
demande »…

Tout
ceci établit progressivement un mode de relation qui représente bien ce qui se
passe dans l’hypnose traditionnelle, et qui montre bien qu’il n’est pas
simplement question d’une rêverie banale (comme au cinéma).

Les
autres items envisagent des actions qui sortent de l’ordinaire: dans l’item 3,
on suggère que le bras devient lourd, et qu’il descend

dans
l’item 4, on suggère que le bras droit semble trop lourd pour pouvoir être
soulevé, dans l’item 5, les mains sont collées, et on met le sujet au défi de
les séparer; dans l’item 6, on suggère que le bras se rigidifie et qu’il est
impossible de le plier; dans l’item 7, les mains se rapprochent.

L’item
8 franchit une étape supplémentaire dans la mesure où il concerne la
possibilité de communication. L’opérateur demande au sujet de communiquer en
remuant la tête, tout en précisant: « Honnêtement, je ne crois pas que vous le
pourriez… ». Dans l’item 9, on mentionne au sujet qu’une mouche ne cesse
de voler autour de sa tête et qu’il aimerait la chasser. Dans l’item 10, on
suggère que les paupières sont collées en disant: « Je doute très fort que vous
puissiez même momentanément, ouvrir les yeux… », ce qui semble impliquer que
le sujet peut ne plus avoir toute sa volonté.

Dans
l’item 11, on suggère au sujet qu’il ne se souviendra pas de l’expérience. Plus
précisément il doit l’oublier jusqu’à ce que l’opérateur donne la permission en
disant: « maintenant vous pouvez vous souvenir de tout ». On lui dit
aussi d’avoir un comportement dont il ne sera pas maître, et de l’oublier, à
savoir toucher sa cheville gauche quand il entendra un certain signal.

 

Effets de l’induction traditionnelle

 

En
réponse à ce type d’induction traditionnelle, et en fonction, bien entendu, des
expectations des sujets au moment de l’expérience, voici ce qu’on observe
(Michaux, 1982).

 

Comportements dits « hypnotiques »

 

Michaux
a observé quatre comportements, c’est-à-dire « quatre formes d’hypnose ».

-
la forme « somnanbulique », ainsi appelée parce que le sujet manifeste à la
fois une activité du type éveillé et une modification de l’état de conscience
s’apparentant au sommeil. Ce serait le lieu de la suggestibilité par
excellence, et c’est l’état qui correspond le mieux à ce que le public entend
par hypnose;

-
la forme « pseudo-léthargique » caractérisée par la modification de l’état de
conscience et par l’apparition d’une grande passivité venant limiter la
suggestibilité du sujet;

-
la forme « cataleptique » caractérisée essentiellement par l’inhibition des
capacités d’expression verbale (mutisme), par la modification de l’état de
conscience, et par le maintien du tonus moteur;

-
la forme « léthargie-réveil », forme paradoxale, caractérisée simultanément par
un affaiblissement du tonus moteur du type « sommeil » et par le
maintien d’un fort niveau d’activité de la conscience du type
« veille ».

On
remarque que dans les deux premières formes, les sujets acceptent profondément
la relation à l’autre (formes fusionnelles), mais l’une est caractérisée par
l’activité du sujet, l’autre par sa passivité. En revanche, les deux dernières
formes se présentent au contraire comme des moyens de défense dans la relation
à l’autre interprété comme menaçant, défense submissive dans la catalepsie,
défense par absence physique dans la léthargie-réveil.

 

Hypnose et modification de conscience

 

Dans
toutes les formes de transe hypnotique ainsi induites, il apparait une
« modification de l’état de conscience, non pas dans le sens d’une réelle
inconscience, mais dans celui de l’affaissement du niveau d’activité critique
de la conscience » …. « Les fonctions d’analyse, de synthèse, et
d’initiative sont suspendues » (Michaux, in Chertok, 1984). Michaux conclut:
« Ni l’accroissement de la suggestibilité, ni la modification de l’état de
conscience ne caractérisent à eux seuls la totalité de ces comportements, on ne
peut donc caractériser l’hypnose ni par l’une ni par l’autre de ces dimensions,
mais, bien plutôt, par leur interaction ».

 

Phénomènes spécifiques de l’hypnose

 

Etrangeté des phénomènes

 

Un
certain nombre de phénomènes étranges font traditionnellement partie des
expériences d’hypnose, que ce soit l’hypnose traditionnelle ou nouvelle. En
réalité, ces phénomènes ne sont pas spécifiques et ils peuvent apparaitre dans
certaines situations en dehors de tout contexte hypnotique. L’hypnose permet de
cultiver ces possibilités qui peuvent avoir des dimensions thérapeutiques.

 

Catalepsie

 

Au
cours d’états hypnotiques, même légers, si l’on soulève d’une certaine manière
le bras du sujet, il est fréquent qu’il reste en l’air comme si le sujet
l’avait oublié. Cela est habituel chez les sujets qui n’ont jamais observé
d’expériences d’hypnose. Il semble s’agir d’un simple tonus postural qui peut
être intégré dans un projet thérapeutique.

 

Régression en âge

 

Il
est usuel pendant une expérience d’hypnose de demander au sujet de revivre des
épisodes de sa vie passée, par exemple de retrouver des bons souvenirs qui
seront utilisés comme des « ressources ». On sait aussi que Freud et Breuer ont
fait revivre des épisodes traumatiques oubliés dans une perspective
d’abréaction.

 

Hallucinations et modifications sensorielles

 

Il
est classique, dans l’hypnose traditionnelle, de susciter des modifications
sensorielles. A la demande, le sujet peut voir une personne absente, ou
inversement ne pas voir une personne présente. Il peut entendre une musique
imaginaire ou agir comme s’il était sourd. Il peut boire de l’eau en croyant
apprécier un bon crû, ou ne pas sentir l’odeur d’un flacon d’ammoniac. La
modification sensorielle utile en médecine concerne évidemment le contrôle de
la douleur. Nous verrons que plusieurs possibilités de l’hypnose peuvent, dans
ce cas, être utilisées conjointement.

 

Suggestion posthypnotique

 

Si
l’on demande à un sujet sous hypnose d’effectuer un comportement après
l’expérience, ce comportement a de fortes chances d’être réalisé par le sujet
(Bernheim, 1916). Généralement le sujet a oublié cette suggestion et ne connaît
pas l’origine de son acte. Il peut donner une explication plausible qui n’est
alors qu’une rationalisation. Dans l’approche traditionnelle, cette forme de
suggestion est utilisée pour obtenir des changements de comportements.

 

Distorsion du temps

 

Le
temps passé sous hypnose a une valeur arbitraire, et le sujet peut avoir
l’impression qu’il s’est passé plus de temps ou moins qu’en réalité. Cette
possibilité de manipuler le temps peut avoir des dimensions thérapeutiques
(Erickson M.H. & Erickson E., 1989)

 

Modifications mnésiques

 

L’hypnose
permet dans une certaine mesure de manipuler les fonctions mnésiques (Bernheim,
1916). Apprendre à ne pas être envahi par certains souvenirs peut être utile.
Dans l’approche Ericksonienne, on peut souhaiter que le patient ne se souvienne
pas de ce qui a été fait pendant la séance, afin qu’il n’intervienne pas
consciemment sur un travail inconscient en cours.

Plus
étonnantes sont les modifications de la mémoire, c’est-à-dire l’introduction de
souvenirs fictifs dans le vécu des sujets que Bernheim nomme hallucination
rétroactive. (Bernheim, 1916). Janet a été le premier à envisager les dimensions
thérapeutiques de cette possibilité.

 

Ecriture automatique

 

Au
cours des états d’hypnose, il est possible d’entraîner les sujets à écrire, ou
plutôt à laisser leur main écrire, sans qu’eux-mêmes soient au courant de ce
qui sera exprimé. Cette production inconsciente a beaucoup intéressé Erickson.

 

Etat hypnotique traditionnel

 

Profondeur de l’état. «L’état somnambulique»

 

Les
vocables «état d’hypnose» ou «transe hypnotique» sont trompeurs, car ils
recouvrent selon les écoles des réalités bien différentes. Pour l’hypnose
traditionnelle, il s’agit d’états de conscience modifiés, radicalement
différents de l’état habituel.

Cet
état est supposé évoluer sur un continuum de profondeur, allant de l’hypnose
légère à l’état profond, souvent appelé état somnanbulique. Dans cet état le
sujet ne garderait pas souvenir de la séance, et il ne pourrait pas, par
définition, faire objection aux suggestions qui lui sont faites. Cet état a été
longtemps considéré comme le modèle achevé de l’hypnose, bien que tout le monde
ne soit pas censé l’obtenir (de 5 à 25 % des cas selon les auteurs et les
époques). On remarque que Bernheim déclarait l’obtenir fréquemment dans sa
clientèle hospitalière, mais rarement dans sa clientèle privée.

 

Il
est intéressant de noter que, par opposition, la nouvelle hypnose ne fait pas
référence à ce phénomène d’hypnose somnambulique comme s’il n’existait pas, et
le juge, de toute façon, cliniquement inutile. En revanche, ces états sont
appréciés des partisans de l’hypnose traditionnelle dans la mesure où ils
permettraient une plus grande action de la suggestion sur les phénomènes
corporels.

 

Le
phénomène somnambulique ainsi défini est-il en continuité avec l’hypnose dite
commune ? Ne pouvons-nous pas plutôt imaginer que deux phénomènes psychologiques
de nature différente puissent se succéder de sorte que le second puisse prendre
la suite du premier (Weitzenhoffer, 1989) ?

 

Dissociation hypnotique

 

Pour
décrire le fonctionnement psychique pendant l’hypnose, Janet a fait l’analogie
avec un mode de fonctionnement que l’on observe en pathologie, par exemple,
dans les personnalités multiples. Dans chaque personne il y aurait deux
psychés: l’une concernée par la conscience et la volonté, l’autre sans volonté
ni conscience, mais capable de réaliser certaines activités.

 

Hilgard
(1974) a retenu l’essence de la théorie de la dissociation en utilisant le
terme de «néodissociation». Il étend cette notion au fonctionnement normal de
la conscience que l’on peut représenter comme une multiplicité de systémes hiérarchisés.
Il note que «l’un des traits les plus frappants de l’hypnose est la perte du
contrôle sur des actions normalement volontaires». Des subsystèmes de contrôle
sont temporairement dissociés du contrôle exécutif conscient, et sont activés
directement par la suggestion. Les théories de la dissociation rendent compte
de la même manière des analgésies et des amnésies. L’hypnose est
particulièrement inductrice de processus dissociés dans la mesure où elle
diminue l’orientation à la réalité affectant ainsi les processus d’information.

 

Coercition de l’hypnose

 

A
la fin du XIXe siècle, l’école de la Salpêtrière soutenait l’opinion que dans
l’état d’hypnose les sujets pouvaient résister aux suggestions choquantes pour
eux, alors que, pour l’Ecole de Nancy, les sujets très hypnotisables
devenaient, à la limite, des automates entre les mains des hypnotiseurs.
Liébault jugeait que l’on aurait pu sûrement «faire commettre les crimes les
plus épouvantables et que l’on n’exécute que dans certains états de folie » chez
4 à 5 pour cent des sujets (cité par Bernheim, 1916).

 

Ce
n’était plus l’avis de Bernheim en 1916: «Nous avons établi aussi que l’être
suggestionné, même en état de sommeil dit hypnotique, n’est pas un pur automate
qui obéit fatalement au suggestionneur; malgré sa docilité, il conserve son
individualité, il est conscient; il peut résister souvent dans une certaine
mesure et peut ne pas accepter toutes les suggestions qu’on veut lui imposer».

 

Actuellement,
ce problème reste difficile pour les chercheurs comme le montre une controverse
récente (Levitt, Baker, Fish, 1990). Perry cite le cas d’un hypnotiseur de
spectacle qui, sur neuf tentatives, aurait commis des attentats à la pudeur sur
cinq femmes, celles-ci ayant décrit leur propre comportement comme «involontaire
et loin d’être plaisant».

 

Nous
pensons personnellement que ce problème est réel, mais que c’est un problème de
psychologie générale qui ne concerne que secondairement les états hypnotiques.
Une prédiction peut devenir «autoréalisante»: si je pense que je peux être
soumis à autrui, à la limite, cette croyance devient réalité. Mais l’hypnose
n’y est pour rien, si ce n’est qu’elle est le support de la croyance. Cela
démontre, si besoin était, l’importance des explications préalables données aux
sujets. C’est à ce niveau que les hypnoses traditionnelles et nouvelles
diffèrent fondamentalement.

 

Logique de la transe

 

Au
premier plan des caractéristiques du comportement hypnotique, Orne place ce
qu’il appelle la «logique de la transe», c’est-à-dire la possibilité de
raisonner sur une base qui paraîtrait illogique dans la vie courante, ou, plus
précisément, le fait de ne pas être gêné par des contradictions: le fait d’être
ailleurs et ici en même temps, le fait de voir un objet qui n’est pas là, mais de
continuer à voir à travers lui… etc.

 

Apport psychanalytique dans l’hypnotisme
traditionnel

 

Depuis
Freud, la recherche psychanalytique a apporté de nombreuses hypothèses
intéressantes au phénomène hypnotique, du moins tel qu’il existe dans
l’approche traditionnelle.

 

• Freud

 

Freud
a étudié l’hypnose avec Charcot en 1885, puis avec Bernheim en 1889.

Quand
il se décida à employer la suggestion hypnotique, il en retira la plus grande
satisfaction. Il devait peu après utiliser l’hypnose sous une autre forme en
pratiquant la méthode cathartique inaugurée par Breuer.

Puis,
Freud abandonne l’hypnose: « Lorsque j’eus constaté, qu’en dépit de tous
mes efforts je ne pouvais mettre en état hypnotique qu’une partie de mes
malades, je décidai d’abandonner l’hypnose et de rendre le traitement
cathartique indépendant de ce procédé ».

Par
ailleurs, un autre facteur aurait incité Freud à délaisser l’hypnose. Freud
découvre les «implications érotiques» possibles de la relation hypnotique
lorsqu’une de ses patientes les plus dociles, chez qui l’hypnose avait permis
de réaliser les plus remarquables prodiges, lui passa à son réveil les bras
autour du cou. (Il n’est pas inintéressant de remarquer que ce genre d’aventure
n’est pas rapporté par les partisans de la « nouvelle hypnose » qui pratiquent,
il faut le souligner, une hypnose différente). Par la suite, Freud continue à
comparer l’hypnose à l’état amoureux: «Les concordances entre les deux sont
évidentes. Même soumission humble, même docilité, même absence de critique envers
l’hypnotiseur comme envers l’objet aimé. Même résorption de l’initiative
personnelle, aucun doute, l’hypnotiseur a pris la place de l’idéal du moi».
«Simplement, dans l’hypnose, les rapports sont encore plus nets et plus
intenses, si bien qu’il conviendrait plutôt d’expliquer les états amoureux par
l’hypnose que l’inverse».

La
découverte par Freud de la psychanalyse ne lui donnera plus guère l’occasion de
recourir à l’hypnose. ll faut remarquer que Freud utilisait les inductions de
son époque (Chertok, 1989), et que toute sa vie, dans la logique de l’époque,
Freud a utilisé comme synonymes «thérapie par hypnose» et «thérapie par
suggestion».

 

• Kubie

 

De
nouvelles théories de l’hypnose dans une perspective psychanalytique font leur
apparition aux Etats-Unis à la fin de la deuxième guerre mondiale. Cet auteur
estime que dans l’induction hypnotique, « il y a élimination progressive
des stimuli provenant de l’extérieur, effacement des frontières entre le Moi et
l’Autre ». Cette notion de la « fusion affective » allait connaître
ultérieurement un grand développement.

 

• Gill et Brenmann

 

La
parution en 1969 du livre de Gill et Bremnann est une autre étape importante.
Ces auteurs rapprochent l’état hypnotique des expériences sur la «restriction
sensorielle»: «si l’on prive un individu des sensations provenant du monde
extérieur en l’isolant hermétiquement, on voit apparaître chez lui des
phénomènes régressifs, accompagnés parfois de perturbations mentales sérieuses,
telles qu’hallucinations, dépressions, etc. On a pu dire que le sujet hypnotisé
se trouvait dans une situation quelque peu comparable, en étant réduit aux
seuls stimuli fournis par l’hypnotiseur, ce dernier, en outre, agit sur les
pulsions infantiles du sujet et l’amène également, de ce fait, à régresser». De
sorte que, pour Gill et Brenmann, l’hypnose peut être envisagée comme «une
sorte de processus régressif qui peut être déclenché par une réduction de
l’activité idéationnelle et sensori-motrice ou par la création d’une relation
archaïque avec l’hypnotiseur». Ils affirment de plus, contrairement à une
opinion longtemps admise, que le moi n’est pas éliminé chez le sujet hypnotisé.

 

• Chertok

 

Chertok
consacre une grande partie de son temps à étudier les relations entre l’hypnose
et la psychanalyse et à animer des groupes de réflexion sur ce domaine.

Ces
recherches tendent à mettre en évidence, au cours de la relation hypnotique,
«une réalité dont la connaissance apparait comme le préalable indispensable à
l’éclaircissement de « l’énigme » que demeure en grande partie
l’hypnose. Nous voulons parler de l’affect» (Chertock 1989).

Par
ailleurs, Chertock émet l’hypothèse que l’hypnose révèlerait «une potentialité
relationnelle innée, originelle, qui constituerait en quelque sorte la matrice,
le creuset dans lequel viendront s’inscrire toutes les relations ultérieures»
(Chertok, 1979)

 

Critique de la conception traditionnelle

 

Laboratoires
de recherche. Après la seconde guerre mondiale, un effort de recherche
important a été entrepris aux Etats-Unis avec la création de grands
laboratoires de recherche, sous l’égide de scientifiques reconnus comme
Hilgard, Orne, et Barber  et il devint
clair que l’hypnose ne pouvait être assimilée à ce qu’elle paraissait être, et
que de nombreux phénomènes attribués à l’hypnose n’étaient pas spécifiques.

 

Hilgard et le phénomène de l’observateur caché

 

Pendant
une expérience au cours de laquelle un sujet avait réalisé une surdité
hypnotique et ne réagissait plus aux stimuli auditifs, Hilgard s’adressa à lui
de la façon suivante, conformément à une pratique clinique d’Erickson (Hilgard
E., Hilgard J., 1983) « Bien que vous soyez hypnotiquement sourd, peut-être y
a-t-il quelque partie de vous qui entend ma voix et qui traite l’information.
Si c’est le cas, j’aimerais que l’index de votre main droite me fasse signe ».
A la stupéfaction générale, le doigt se souleva pendant que le sujet exigeait
qu’on lui explique ce qui se passait car lui-même n’était au courant de rien.

Avec
les douleurs créées expérimentalement, Hilgard a alors utilisé les phénomènes
d’écriture automatique ou de parler automatique. Il put constater que les
sujets décrivaient verbalement peu ou pas de douleurs, tandis que leur main
avouait une douleur à peu près comparable à ce que l’on est capable d’obtenir
par suggestion sans hypnose.

Hilgard
a utilisé la métaphore de « l’observateur caché » comme référence
commode pour décrire cette information occultée.

 

Orne et le paradigme de la simulation

 

Dans
ses expériences, Orne va faire intervenir comme groupes de contrôle des sujets
non hypnotisables, avec la consigne d’agir comme le feraient des sujets
hypnotisés, et il va ainsi faire un certain nombre de découvertes. Par exemple,
si des sujets hypnotisés peuvent avoir des comportements agressifs suggérés
envers les expérimentateurs ou dangereux pour eux-mêmes, le groupe de contrôle
aura des réactions identiques. Les expériences doivent donc être réinterprétées
en imaginant que les sujets ne sont pas dupes du fait qu’il s’agit
d’expériences protégées. D’autres expériences d’Orne ont remis en question un
certain nombre de phénomènes. Par exemple, un sujet né en Allemagne, mais
vivant aux USA depuis l’âge de dix ans, est régressé au moment de son sixième
anniversaire. Lorsqu’on lui demande en anglais s’il parle anglais, il répond en
allemand que non, démontrant par le fait méme une claire compréhension d’un
langage qu’il ne parlait pas à six ans.

 

Barber. La remise en cause du concept
« d’état hypnotique »

 

Barber
applique un plan expérimental simple. Les sujets sont divisés au hasard en
trois groupes. Dans un groupe, on procède à une induction hypnotique. Dans le
second groupe, on donne de brèves instructions qui exhortent les sujets à faire
leur possible (instructions motivantes pour la tâche).
On demande au
troisième groupe (contrôle) d’imaginer tout ce qui leur sera suggéré. Après ces
préliminaires, on donne aux sujets les mêmes suggestions et leurs réponses sont
comparées quantitativement.

Barber et
ses associés ont examiné un grand nombre de situations, incluant la régression
en âge, l’amnésie, l’hallucination, la force musculaire, l’endurance, les
altérations perceptuelles, la réduction de la douleur, la distorsion du temps,
le renforcement de la mémoire (Barber, 1969),

Ils
concluent que les réponses positives pour les suggestions même difficiles comme
l’amnésie et les hallucinations sont beaucoup plus élevées que ce que l’on
pouvait prévoir. Autrement dit, les groupes de contrôle, sans préliminaire
aucun, ont réalisé de nombreuses suggestions. Par ailleurs, les groupes avec
induction hypnotique et les groupes avec « instructions motivantes »
ont des résultats très supérieurs au groupe de contrôle, mais assez voisins
l’un de l’autre. Autrement dit, si les sujets sont vraiment capables d’évoquer
en eux certaines possibilités, le rituel de l’induction hypnotique n’est pas
indispensable.

 

Suggestion, suggestibilité et hypnose

 

Si
l’équation «hypnose = suggestibilité augmentée» n’est plus actuellement la
tendance la plus rencontrée parmi les praticiens de l’hypnose, il n’en reste
pas moins vrai que les inductions hypnotiques traditionnelles ne sont rien
d’autre qu’une suite de suggestions habilement enchainées. La réalisation d’une
suggestion est le facteur principal de réussite des suggestions suivantes. La
connaissance des lois de la suggestion (Baudouin, 1951) reste primordiale, dans
toute pratique de l’hypnose, pour savoir comment et jusqu’où on veut bien
l’utiliser.

 

La suggestion n’est pas propre à l’hypnose

 

La
suggestion est un phénomène banal de la vie de tous les jours. Comme le dit Oughourlian:
« dans la mesure où j’imite le geste de l’autre, on peut tout aussi bien dire
que ce geste a été suggéré par l’autre. Ces deux vecteurs vont constituer en
s’immobilisant, en se fixant, le rapport hypnotique (Oughourlian, 1982).

 

L’hypnose est-elle liée à la suggestion ?

 

L’hypnose
reste liée à la suggestion dans la mesure où ce qui se passe dans la tête du
sujet est en relation avec les paroles de l’accompagnateur. Mais le
lâcher-prise que l’hypnose suppose n’est pas de nature telle que le rejet des
suggestions ne soit pas possible.

«C’est
l’hypnotiseur qui administre les suggestions, et qui est, en ce sens,
responsable des actions hypnotiques. L’attribution par les sujets de leur
responsabilité à l’hypnotiseur a une certaine légitimité» (Fields).

 

Différence de nature entre les suggestions

 

La nature
psychologique des suggestions change selon le contenu explicite et en fonction
de données implicites.

- Contenus
explicites: une suggestion directe, comme celles qu’on utilise en hypnose
traditionnelle, ne laisse pas de choix au sujet et si elle n’est pas suivie
d’effet, il y a échec. En revanche, Erickson fait grand usage de la suggestion
ouverte, c’est-à-dire qu’il suggère que quelque chose va se produire, mais il
se garde de dire quoi. Cette suggestion est un simple instrument mobilisateur.
Pour induire l’hypnose, il n’est pas rare qu’Erickson se contente de dire qu’il
attend pour voir ce qui va se passer (ce qui se produit est bien entendu
fonction de ce que le patient a dans la tête, et des explications préalablement
données). Pour mobiliser ainsi le psychisme, Erickson utilise un certain nombre
d’artifices qui ont valeur de suggestions ouvertes. Par exemple, il fait une
pause au milieu d’une phrase de sorte que c’est au sujet (à l’inconscient du sujet,
dit Erickson) d’imaginer ce que peut être la suite. Si les endroits des
coupures sont bien choisis, il y a mise en route de processus inconscients dont
on peut attendre des effets thérapeutiques.

Avec la
suggestion ouverte, c’est en définitive au sujet que revient le choix. Il est
moins question de faire entrer quelque chose dans la tête de l’autre que de
chercher à en faire sortir des ressources.

- Contenus
implicites. Dans la pratique de l’hypnose, le plus important est le non-dit,
c’est-à-dire les mythes que partagent le sujet et l’opérateur, et qui peuvent
être véhiculés par les façons de faire de ce dernier. C’est une des raisons
pour lesquelles l’hypnose moderne ignore les tests d’hypnotisabilité qui
transmettent l’idée d’un pouvoir de l’hypnotiseur sur le sujet. De la même
façon, l’attitude paternelle de l’opérateur ne manquera pas d’encourager la
régression, I’attitude séductrice entraînera des transports amoureux… et
ainsi de suite.

 

Perspectives cognitivo-comportementales

 

Langage de l’hypnose

 

Un certain
nombre de chercheurs interprètent les comportements hypnotiques dans un langage
radicalement nouveau. Ils partagent une métapsychologie qui ne fait plus
référence aux métaphores précédentes qualifiées de « mécanistes »
(Spanos & Chaves, 1989). Ils préfèrent des concepts issus des sciences de
la communication comme « l’interaction sociale » et la « prise de
rôle ». Le lieu de l’hypnose n’est pas dans l’appareil mental (ce ne sont
pas des forces qui opérent à l’intérieur de la psyché), mais dans « la
rencontre inter-individuelle ».

Pour eux
l’induction hypnotique n’est rien d’autre que la cérémonie formelle qui
facilite l’entrée d’une personne dans le rôle d’une personne hypnotisée. Les
paroles de l’hypnotiseur, en effet, qui n’évoquent que de la fiction, sont une
invitation à un jeu de »faisons semblant », « appel pour des
actions qui vont créer l’illusion » (Sarbin, in Spanos & Chaves, 1989).

Le début
des perspectives modernes cognitivo-comportementales remonte à White (1942).
White avait été frappé de ce que les sujets sous hypnose sont capables de faire
des modifications et des additions à la suggestion, et ceci, d’après lui,
marquait la différence entre un automatisme et un comportement dirigé vers un
but (Cité in Spanos & Chaves, 1989).

 

Expérience hypnotique ou « état modifié de
conscience »?

 

Sarbin a
été le premier théoricien à rejeter la notion d’explication en termes d’états
modifiés de conscience (Sarbin, 1950). Une expérience hypnotique n’est pas
statique ou immuable. On peut la conceptualiser comme un flot interactif
d’images, de sensations, d’associations personnelles, et de self-évaluations.
Dans ce flux expérientiel, des pensées concrètes et abstraites, basées sur la
réalité ou sur la fantaisie, coexistent et peuvent agir ensemble pour promouvoir
des réponses en relation avec les besoins, les buts, et les attentes du sujet.

Dans cette
conception, la mesure de la profondeur des états d’hypnose n’est rien d’autre
qu’un artéfact (Lorraine Radtke) qui ne reflète que la compréhension de
l’hypnose qui a émergé dans un contexte historique et culturel donné. L’état
hypnotique n’est pas un état psychologique mesurable.

 

Non-volition

 

Il est
habituel dans les pratiques de l’hypnose que les sujets, du moins une grande
partie d’entre eux, déclarent ne pas avoir agi volontairement. En fait, une
personne hypnotisée ne serait pas un participant passif, transformé par
l’hypnose en un observateur de ses actions involontaires. Un comportement
hypnotique est semblable à toute autre forme de comportement et, malgré les
impressions d’involontarité que rapportent les sujets, ceux-ci gardent en fait
le contrôle de leur comportement hypnotique… En agissant ainsi, ils répondent
d’ailleurs à la demande centrale de l’hypnotiseur (Lynn, Rhue and Weekes,
1989). Comme on le voit dans les échelles d’hypnotisabilité, il y a la
suggestion tacite que le comportement suggéré surviendra involontairement, par
exemple, le rapprochement des mains…

Pour
l’école cognitivo-comportementale, les comportements hypnotiques ne sont pas
des actes automatiques. Par exemple, l’amnésie est un engagement stratégique du
champ d’attention du sujet pour ne pas penser à ce qu’il pourrait se rappeler.

 

Conception et pratique Ericksonienne

 

Erickson

 

Erickson
(1901-1980), psychiatre américain, a pratiqué de longues années. Nous ne nous
intéressons ici qu’à ce que nous appelons « l’hypnothérapie
Ericisonienne », c’est-à-dire à sa façon de pratiquer et aux conceptions
qui correspondent aux dernières années de sa vie. Avec le temps, les concepts
d’Erickson ont évolué: le mot « approche » remplace le mot
« technique », le mot « évocation » remplace le mot
« contrôle », le mot « faciliter » remplace le mot
« manipuler »… etc. Son approche est issue d’une longue pratique et
les élaborations théoriques, apparues secondairement et progressivement
représentent un ensemble cohérent et une nouvelle façon de penser l’hypnose.

Pour
Erickson, les concepts utilisés ont, avant tout, une fonction opératoire: ils
sont nécessaires au patient pour qu’il puisse réaliser l’expérience et en tirer
profit: concept d’inconscient, concept de transe… Par ailleurs, si la
conception d’Erickson et sa pratique sont inséparables, ils sont aussi
indissociables de la perspective thérapeutique qui les justifie.

 

Inconscient Ericksonien

 

Erickson
fait grand usage du concept de « non conscient » qu’il appelle
« inconscient », et qu’il conçoit comme une machinerie complexe qui
fonctionne toujours à notre avantage. Cette référence simple à l’inconscient du
patient permet d’intégrer les difficultés théoriques des écoles précèdentes,
comme l’attribution d’un pouvoir au thérapeute ou les difficultés liées au
concept de non-volition. Si l’on pense, comme nous, que l’hypnose est un
phénomène psychologique qui se joue au niveau des attitudes, cette conception
d’un inconscient positif sera la plus mobilisatrice qui soit. Cette conception
de l’inconscient correspond assez précisément à l’activité subconsciente que
Baudouin a développée, par opposition au subconscient automatique de Janet, de
Bernheim: « l’activité subconsciente consiste dans une invention et une
adaptation de moyens propres à réaliser cette fin » (Baudouin 1951). Ainsi,
pour Baudouin, « la suggestion fait preuve d’une finalité comparable à
celle de l’acte volontaire, avec cette différence que l’invention et la
coordination des moyens y échappent à la conscience ».

L’inconscient
ainsi conçu restitue au sujet la responsabilité des opérations, l’hypnologue
n’étant qu’un maître maieuticien qui l’aide à mettre à jour des possibilités.
Erickson fait partager à ses patients l’idée qu’ils possèdent à leur insu un
« réservoir de ressources ». L’hypnose serait une de ces ressources
naturelle et méconnue, qu’il s’agira simplement de savoir cultiver pour avoir
accès à d’autres ressources.

 

Défnition de l’hypnose Ericksonienne

 

L’hypnose
et la suggestion sont deux phénomènes d’ordre différent pouvant ou non se
trouver associés (Erickson, Rossi E. and Rossi S., 1976). L’hypnose est un mode
de fonctionnement psychologique dans lequel le sujet se détache de son
environnement pour fonctionner à un niveau inconscient.

 

Cet état
n’est rien d’autre que l’amplification de la simple rêverie dans laquelle nous
entrons spontanément plusieurs fois par jour. Mais nous ne pouvons atteindre
cet état privilégié que grâce à l’intermédiaire d’une autre personne. Dans cet
état, le sujet n’obéit pas, mais il répond aux propositions du thérapeute, et
le sujet est prévenu qu’il garde suffisamment de présence pour pouvoir, à tout
moment, refuser une suggestion ou sortir de l’état. L’état hypnose ainsi conçu,
loin d’être un état passif de réceptivité ou de suggestibilité, est un état de
travail actif de la part du patient. L’expérience hypnotique est simplement
conçue comme un exercice psychologique dans lequel une personne en accompagne
une autre.

Il existe
pour Erickson une structure, une dynamique de la transe hypnotique,
c’est-à-dire que l’on observe dans toutes les expériences d’hypnose la séquence
suivante: 1) Une fixation de l’attention. 2) Une dépotentialisation du
conscient (mot savant pour décrire l’opération par laquelle le sujet va
décrocher son intérêt de ce qui l’entoure), pour aider son patient, l’opérateur
pourra utiliser différents procédés ou artifices: confusion surprise,
saturation du psychisme… etc. 3) Une mise en route d’une recherche
inconsciente (par simple demande directe ou de façon indirecte par des
« moyens spécifiques de communication » qui sont en fait des allusions.
4) Un processus inconscient qui, par définition, nous est inconnu. 5) Enfin une
réponse hypnotique qui est pour le sujet une surprise.

Les
comportements involontaires qui apparaissent sont, par définition,
« hypnotiques », et toutes les réponses sont bonnes dans la mesure où
elles sont involontaires. Les phénomènes spécifiques de l’hypnose connus de
l’hypnose traditionnelle, existent toujours, mais ils sont interprétés comme
des capacités que le sujet peut activer.

Le sujet
peut aussi répondre à des questions par des signes de tête ou d’un doigt sans
avoir conscience de le faire volontairement, de sorte que l’on peut parler de
« dialogue subliminaire » (Godin, 1987). Dans ce processus, le
thérapeute explore avec le sujet des possibilités et des ressources qui vont se
trouver actualisées. Erickson utilise le mot « dissociation » dans une
acception restreinte c’est-à-dire que le sujet pendant l’hypnose va mettre
certaines fonctions psychologiques entre parenthèses, ce qui n’est pas le cas à
l’état habituel. Cette mise entre parenthèses se fera au profit d’autres
fonctions psychiques, ou au profit d’un certain travail psychologique. La
fonction critique n’est jamais totalement abandonnée.

 

Hypnotisme Ericksonien

 

Avec
Erickson, il n’existe plus d’induction ritualisée, ni de répétition stéréotypée
de mots ou de phrases. Il s’agit d’une simple conversation au cours de laquelle
le thérapeute converse, observe et renforce ce qui va dans le sens souhaité,
c’est-à-dire hypnotique. Le sujet est guidé pour apprendre à fonctionner à un
niveau inconscient, ce qui suppose l’apprentissage d’un certain
« lâcher-prise ».

Le
thérapeute doit apprendre un mode relationnel qui ne gênera pas le patient, en
particulier, il doit continuellement chercher à rester en contact avec le monde
de son patient en utilisant ses références verbales ou imagées. Il doit
également -et c’est difficile- utiliser des mots suffisamment flous pour que le
sujet puisse y reconnaitre ses propres images ou ses propres souvenirs. Il y a
aussi, dans l’hypnose Ericksonienne, des façons de se comporter non verbales
qui ont leur importance, dans la mesure où ce qui compte est le rapport
inconscient.

Le discours
tenu au patient fait état d’une « transe hypnotique », parce que cela
est commode, mais Erickson s’y réfère comme à un état fonctionnel à la
disposition du sujet. En fait, il apparaît à la lumière des écrits d’Erickson
que l’hypnose n’est pas un ensemble tout fait mais que l’on y trouve ce que
l’on y cultive. Le concept d’état hypnotique est une hypothèse utile qui permet
vraisemblablement au sujet de fixer et de concentrer une attitude psychologique
adéquate. L’obtention d’une catalepsie du bras pourra ratifier pour le patient
l’existence d’un processus en cours, et, peut-être, facilitera le maintien de
la disposition « hypnotique ».

Dans
l’approche Ericksonienne, il est exceptionnel qu’un sujet soit résistant au
point que l’expérience soit impossible. La résistance est la manifestation
normale de la résistance au changement, et le travail au niveau de la
résistance sera partie intégrante de la psychothérapie Ericksonienne.

Cette
approche de la résistance, qui rend passionnante l’approche Ericksonienne, ne
saurait être traitée ici.

 

Hypnoses mixtes

 

Sur le plan
pratique, l’utilisation faite de la suggestion est la différence principale
entre les deux types d’hypnose. Toutes les hypnoses médicales sont légitimes,
et c’est sans doute une mauvaise question que de se demander laquelle est la
vraie, dans la mesure où ce que l’on observe est fonction de la façon dont on
pratique. Tout dépend des conditions et des buts que l’on se propose. En cas
d’urgence, certaines inductions traditionnelles plus rapides sont sans doute
préférables. En petite chirurgie ou dans le cas de soins dentaires, la relation
médecin-malade n’est pas de même nature que dans une relation psychothérapique
et le temps gagné est appréciable. Chaque fois qu’il est nécessaire d’agir sur
le corps ou de rompre un cercle vicieux, l’approche directe trouve sa place.
Rien n’empêche d’utiliser les deux types d’hypnose au cours d’une même séance,
et c’est ce qui se passe avec les praticiens actuels. En résumé, une hypnose
peut être plus ou moins saturée de suggestions directes en fonction des buts
poursuivis.

 

Hypnose et physiologie

 

Phénomènes physiologiques associés à l’état
hypnotique

 

Malgré
d’innombrables tentatives, les chercheurs n’ont pu se mettre d’accord sur des
signes physiologiques propres à l’hypnose. En particulier, il n’y a pas de
tracé électroencéphalographique spécifique, pas de modifications de
neurotransmetteurs… etc. En revanche, une voie de recherche actuelle qui met
l’accent sur la spécificité des hémisphères cérébraux, semble prometteuse.

Les
modifications corporelles (immobilité corporelle, aplatissement des muscles du
visage, etc.), qui servent d’habitude d’indicateurs de l’état hypnotique, ne
sont pas spécifiques de l’hypnose et seraient tout au plus un faisceau de
présomptions, relevant plus de la réponse de relaxation qui fait
habituellement, mais non obligatoirement, partie des expériences d’hypnose.

Enfin,
remarquons que les praticiens et les dentistes anglo-saxons, qui ont une grande
pratique de l’hypnose, déclarent que, indépendamment des suggestions
pratiquées, le saignement est moins abondant et les infections post-opératoires
plus rares lorsque l’hypnose est utilisée.

 

Modifications physiologiques obtenues par
hypnose

 

Le plus
grand mystère de l’hypnose est sans doute la facilité avec laquelle sont
obtenues des modifications physiologiques, là où la volonté est impuissante à
les obtenir. Les modifications possibles comprennent un tableau très vaste: il
comprend le métabolisme général et la régulation thermique, le système
cardio-vasculaire, le système respiratoire, le système gastro-intestinal,
l’activité des glandes endocrines et excrétoires, le système génito-urinaire,
les appareils sensoriels, la peau, etc. (Platonov, 1989).

Des voies
de recherche apparaissent comme la possibilité relative de stopper un
saignement après une suggestion (Chertok, 1979), dont une application est
possible chez les hémophiles.

Certaines
modifications obtenues expérimentalement sont plus rares et plus étonnantes,
telles que les modifications immunitaires. Black et ses collègues au National
Institut for Medical Research de Londres ont inauguré une voie de recherche en
diminuant et même en supprimant, par suggestion hypnotique directe, des
réactions cutanées provoquées par injections d’allergènes (Black, 1969).

Une autre
constatation étonnante est la « vésication psychogène ». Si l’on
applique une pièce de monnaie sur la peau d’un sujet dans un contexte
hypnotique en suggérant qu’une brûlure lui est faite, et en lui affirmant qu’il
va développer une réaction, il arrive que, dans les heures qui suivent un
érythème phlycténoide apparaisse à l’endroit désigné, même si le sujet déclare
ne pas avoir ressenti de brûlure (Chertok, 1979).

 

Hypnose et médecine

 

Possibilités et champ d’action de l’hypnose

 

L’hypnose
illustre par excellence la possibilité de l’action de l’esprit sur le corps.
Presque toutes les spécialités médicales peuvent être concernées à un titre ou
à un autre. Les symptomatologies censées être « psychosomatiques » sont
plus directement concernées. Il n’est guère possible de citer les très
nombreuses publications qui s’étagent sur des dizaines d’années. On en trouvera
des exemples dans Rager (1973) et dans Chertok (1989).

En
obstétrique, on utilise les effets sur les douleurs de l’accouchement, ainsi
que sur le rythme des contractions utérines.

 

En
stomatologie, l’hypnose facilite les soins dentaires en permettant un meilleur
contrôle de la douleur, du saignement, de la salivation et en permettant de
mieux lutter contre l’anxiété, les réflexes nauséeux, le bruxisme…

En
anesthésiologie, il est possible d’alléger les symptômes post-opératoires.

En
traumatologie, l’hypnose est un appoint précieux, en augmentant le confort des
patients, mais aussi en agissant au niveau symptomatique: pour les brûlés, les
suggestions de froid, au début, vont bloquer les réactions-réflexes associées.
Par la suite, les suggestions de chaleur permettront d’améliorer l’irrigation.
Dans les algodystrophies, des résultats spectaculaires sont rapportés.

Dans
certaines affections vasculaires l’hypnose est un appoint non négligeable:
hypertension artérielle, maladie de Raynaud… Dans certaines affections du
système respiratoire, et dans l’asthme plus particulièrement, l’hypnose est
considérée comme une approche précieuse.

La
dermatologie est certainement un domaine où l’hypnose obtient des résultats
étonnants.

La
sexologie est également un domaine privilégié de l’hypnose. Pour Tordjman,
« l’hypnose est un recours efficace en sexologie dans la mesure où elle
peut à la fois dissiper une « autohypnose négative », changer les
représentations mentales qui sont de l’ordre du mythe, et reconstituer la
physiologie du désir et du plaisir » (1988)

 

L’hypnose
est utile dans un certain nombre d’affections qui concernent le système nerveux
central et plus particulièrement le système autonome: migraines, rachialgies,
insomnies, tics, crampes de l’écrivain, bégaiements, tremblements…

En médecine
mentale, les névroses ont été l’objet de nombreuses approches utilisant l’hypnose,
et, plus récemment, certains états psychotiques sont abordés avec des résultats
encourageants (Lavoie,1988).

Pour aider
les patients à modifier leurs comportements, l’hypnose a été utilisée: troubles
des conduites alimentaires, anorexie, boulimie, alcoolisme, toxicomanies…

 

Contrôle de
la douleur

 

La
possibilité de contrôle de la douleur intéresse particulièrement le corps
médical et peut être un exemple d’utilisation des multiples possibilités de
l’hypnose. L’état d’hypnose établi, quelle sera la marche à suivre ? Erickson a
recensé les possibilités que nous donne l’hypnose dans ce domaine.

 

Contrôle de
la douleur par modifications locales

 

- La
suggestion directe permet dans une certaine mesure de diminuer la douleur.

- La
suggestion relayée par l’imagination. Il est facile par exemple de demander au
sujet d’imaginer qu’il porte des gants protecteurs avant de tester une
analgésie de la main. Si l’on obtient une analgésie de la main (et cela est
particulièrement facile à la suite d’une catalepsie), il va être possible de
demander au sujet de transférer cette anesthésie sur une autre partie du corps
comme si ce petit rituel suffisait à opérer un transfert de sensations.

- Le
remplacement de la sensation. Il est aisé de demander au sujet de produire une
sensation, celle qu’il veut, ou celle qu’il peut, que ce soit du froid, du
chaud, des picotements ou autres. Cette sensation pourra remplacer dans une
mesure non négligeable une douleur qui préexistait.

- Le
déplacement de la sensation. I1 est parfois possible de déplacer une douleur.
Cela peut être appréciable car une localisation peut être plus menaçante qu’une
autre. Mais c’est surtout un début de contrôle de la douleur, qui laisse
présager de nouveaux progrès.

- La
division de la douleur. Les qualificatifs utilisés par les sujets pour décrire
leurs douleurs sont modifiables. A défaut de pouvoir les supprimer tous, on
peut se contenter de s’attaquer à certains. « Diviser pour régner » dit
Erickson. Le caractère coupant peut s’émousser alors que la douleur reste
brûlante et lancinante. Certaines qualités de la douleur peuvent disparaître de
sorte que les mots utilisés par le sujet pour la décrire vont changer. De
proche en proche une douleur peut devenir beaucoup moins contraignante.

- La
réinterprétation des sensations. C’est un moyen d’en modifier l’impact. Le fait
d’assimiler certaines douleurs à des vibrations, par exemple, va transformer
leur vécu subjectif, et les rendre ainsi moins violentes.

Contrôle de
la douleur par action sur le plan général

 

- L’évasion
temporelle et spatiale. Quand le sujet veut bien retrouver de bons souvenirs,
ceux-ci occupent le terrain avec d’autres images que la souffrance. Cette
approche facile est très efficace, et d’autant plus que cette façon de faire
intensifie l’état d’hypnose.

 

- La
mobilisation de sensations anciennes. De même que Freud et Breuer faisaient
resurgir des souvenirs oubliés, nous pouvons faire remonter des sensations
corporelles d’avant la maladie, et demander au sujet de les garder
précieusement et de les utiliser pour contrer l’inconfort actuel.

 

- La
distorsion du temps. Une autre façon de faire très éricksonienne est d’utiliser
une autre des possibilités de l’hypnose qui consiste dans la distorsion
possible du temps. Les périodes où le sujet souffre peuvent être subjectivement
écourtées.

 

-
L’amnésie. Une autre pratique consiste à entraîner le sujet à pratiquer
l’amnésie, c’est-à-dire à cultiver certaines possibilités d’oubli. Si le sujet
peut oublier combien il vient de souffrir, cela l’aidera à moins anticiper la
douleur qui va venir et donc à la diminuer.

 

Exemple de
suggestion directe en médecine

 

La façon
d’opérer sous hypnose est parfois assez simple. Voici, à titre d’exemple, un
cas rapporté par Bowers (1983) chez une patiente qui présentait une manifestation
d’acné colossale, qui durait depuis plus de vingt ans.

 

« Le
contenu des suggestions chez cette patiente, qui se trouvait être un excellent
sujet hypnotique, est d’une grande simplicité: je lui donnai la suggestion
répétée de s’imaginer aspergée ou nageant dans des liquides étincelants
capables de la purifier et de nettoyer sa peau. Je lui dis de prendre
conscience de sa peau et de l’expérimenter comme chaude et froide de même que
piquante ou lisse, et ainsi de suite des suggestions qui constituaient des
leçons de connaissance et de contrôle pour ainsi dire. Il lui fut demandé de
pratiquer elle-même ces exercices et d’imaginer sa peau lisse et immaculée.
Après trois mois de traitement, les pustules continuent à se former mais
avortent et disparaissent. »

 

Comme le
remarque Bowers, cette approche ne permet pas de déterminer quel ingrédient ou
combinaison d’ingrédients fut responsable de cette rémission spectaculaire.
Est-ce l’hypnose ? Est-ce l’imagerie intense ? Est-ce la simple conviction que
le thérapeute pouvait quelque chose pour elle ?

 

Séquelles et contre-indications

 

La
littérature rapporte des effets négatifs secondaires à des expériences
d’hypnose (Page, 1990). Ils vont de maux de tête transitoires et
assoupissements, à des effets plus sérieux comme des réactions psychotiques
(Hilgard, 1974).

 

Parmi les
effets désagréables immédiats, mineurs et passagers, il faut noter que les
sujets qui gardent un mauvais souvenir sont souvent ceux qui ont souffert dans
le contexte d’une anesthésie.

 

La suppression
intempestive de symptômes peut amener des symptômes plus graves.

Erickson
fait le recensement des reproches habituellement faits à l’hypnose:
développement d’une hypersuggestibilité, affaiblissement du sens de la réalité,
modification de la personnalité… et conclut que tout cela ne concerne pas le
praticien sérieux et qualifié.

 

Il faut
savoir aussi que les sujets au Moi fragile possèdent, comme le remarque Chertok
(1963), des défenses suffisantes pour s’engager ou non dans la relation
hypnotique. La contre-indication classique de l’hypnose a été longtemps les
états psychotiques. Des travaux modernes dont ceux de Lavoie à Montréal
démontrent que non seulement l’hypnose peut être utilisée avec ces cas
pathologiques, mais peut l’être de façon fort positive dans un environnement
adapté (Lavoie, 1988).

 

Hypnose et psychothérapie

 

Diversité
des approches

 

L’histoire
de la psychothérapie est liée à l’histoire de l’hypnose. Actuellement,
différentes approches psychothérapiques sont possibles, qui utilisent des
pratiques issues de l’une ou l’autre des formes d’hypnotisme que nous avons
décrit.

 

Thérapie
par hypnose sèche

 

L’état
hypnotique sans suggestion entrainerait « un effet thérapeutique bénéfique
en permettant une reconstruction réparatrice du Moi » (Hoareau et Peigné,
1982), A la limite, de véritables « cures de sommeil hypnotique » sont
utilisées, par exemple, en URSS (Hoareau et Peigné, 1982).

 

Chertok
estime que cet effet n’est pas négligeable: « Celle-ci (l’hypnose sèche)
suffit parfois, mais rarement, à amener un résultat thérapeutique qu’on peut
expliquer ainsi: si l’on estime, comme de nombreux psychanalystes l’ont
affirmé, que diverses pathologies proviennent d’une mauvaise communication
affective entre mère et nourrisson, la relation hypnotique réparerait les
dommages subis à ce premier âge de la vie. Dans ce cas, il s’agirait non d’un
traitement symptomatique mais d’un traitement causal (contrairement aux idées
reçues) (Chertok, 1984).

 

Thérapie
par suggestion directe

 

Elle a été
longtemps la seule possibilité thérapeutique connue de l’hypnose. Voici comment
Bernheim parlait de Liébault: « Il endort par la parole, il guérit par la
parole. Il met dans le cerveau l’image psychique du sommeil, il cherche à y
mettre l’image psychique de la guérison » (Bernheim, 1916).

 

C’est cette
forme de thérapie qu’a rejetée Freud

D’après
Roustang, « ce que Freud veut éviter par cet allongement (de la cure),
c’est l’affrontement avec le patient, c’est-à-dire tout ce qui implique
l’action directe du médecin sur le malade, évidente dans l’hypnose et la
suggestion, tout ce qui serait tentative d’influence, de main-mise sur le
patient, tout ce qui apparaitrait comme visée éducative ou forçage pour aboutir
à la guérison » (Roustang, 1980, p. 134 [17]). « Il voit dans le
pouvoir de l’hypnotiseur un rappel de celui du père de la horde primitive à
l’égard duquel l’individu ne peut se comporter que d’une manière passive et
masochiste » (Roustang, 1980)

Toutefois,
la suggestion directe peut, encore de nos jours, entrer dans une stratégie
thérapeutique, par exemple, pour lever des blocages d’ordre conversionnel et
passer à un traitement en profondeur.

 

La
suggestion directe est légitime également lorsque, après avoir étudié
l’économie du symptôme dans l’ensemble écologique présent, il s’avère que
celui-ci est surtout auto-entretenu, ou lorsqu’il apparaît utile d’agir au
niveau somatique. Mais la suggestion directe n’a pas d’implication
psychothérapique en elle-même, dans la mesure où elle n’est pas à l’origine
d’un réaménagement psychique.

 

La
suggestion directe reste parfois utilisée pour obtenir des modifications
comportementales: tabagisme, comportements alimentaires, toxicomanie:
« Vous ne fumerez plus, le tabac aura mauvais goût », « Je ne sais
pas quand vous vous sentirez libéré ».

 

Méthode
cathartique

 

En 1889,
Freud utilise l’hypnose en pratiquant la méthode cathartique inaugurée par
Breuer. La cure permet au sujet d’évoquer et même de revivre les évènements
traumatiques auxquels ces effets sont liés et d’abréagir ceux-ci .

 

On conçoit
l’utilisation de l’état hypnotique comme état de conscience modifié, dans le
but de provoquer une remémoration des traumatismes ayant déclenché la névrose.
Il ne s’agit pas, on le voit, d’une thérapie simplement « suppressive »
(Chertock, 1979). Cette méthode tient actuellement une grande place dans les
névroses traumatiques.

 

Visualisation
et anticipation sous hypnose

 

Des
fonctions inconscientes ont une finalité et peuvent jouer le rôle de fil
directeur, organisateur des comportements à venir, comme l’a soutenu la
« seconde école de Nancy » (Baudouin, 1951). Le fait d’avoir visualisé
positivement, pendant l’hypnose, certains comportements craints ou difficiles
permettra de les réaliser mieux et avec plus de facilité. Cette méthode est
appliquée avec profit pour améliorer les performances sportives. De même, dans
la thérapie des obèses, par exemple, il est fréquent de leur demander
d’utiliser leur imagination et de voir la silhouette qu’ils souhaitent obtenir
dans le délai raisonnable d’un ou plusieurs mois.

 

De la même
façon, dans l’aide à apporter aux malades cancéreux, dans l’optique inaugurée
par C. et S. Simonton, la visualisation par les sujets sous hypnose de leurs
moyens de défense organiques, tels qu’eux-mêmes les imaginent, peut être un
appoint non négligeable et représente, semble-t-il, une technique d’avenir
(Job, 1988).

 

Thérapie
par modification de la mémoire du passé

 

Janet avec
deux de ses célèbres patientes a montré qu’il est possible sous hypnose de
suggérer que le passé ne fut pas tel qu’il fut, et qu’un événement, qui a été
traumatisant, peut être psychologiquement annulé ou modifié. Erickson rapporte
avoir utilisé au moins une fois cette « technique » dans une
psychothérapie dite « l’homme de février » (Erickson & Rossi, 1979)

 

Thérapies
associées à l’apprentissage

 

Ces
thérapies font classiquement partie des thérapies comportementales. Inspirées
des thérapies par inhibition réciproque de Wolpe, elles permettent de surmonter
sous hypnose, dans une progression hiérarchique, nombre de difficultés des patients
(Bourgeois, 1979).

 

Hypno-analyse

 

Cette
approche, qui marie hypnose et psychanalyse, est surtout utilisée aux
Etats-Unis et elle est représentée en France, en particulier, par Palaci
(1987). Il s’agit, dans la situation d’une hypnose légère, apparentée à
l’association libre, d’obtenir le matériel que le sujet ne pouvait donner à
l’état de veille. Cela permet souvent de sortir de situations bloquées.
L’hypnose n’a plus pour seul but l’élimination du symptôme par la suggestion et
le revécu, mais elle est une méthode d’exploration de l’inconscient.
« Cette mise en suspens est très similaire mais moins extrême que le
renoncement au contrôle du conscient dans l’hypnose, où le « soi » et
« l’autre », ne font presque qu’un et peut être comparée à une transe
légère ». La remémoration ne suffit pas. « Toute thérapie, pour être
efficace, nécessite une perlaboration et un reconditionnement de longue durée,
avec altération des défenses et des résistances. » (Palaci, 1987).

Quant au
transfert, l’hypnose réactive des transferts particuliers qui ne sont pas
compatibles avec le concept de transfert classique. Ces transferts, dits
« narcissiques », sont du même ordre que ce qui se rencontre parfois en
clinique. Dans l’hypno-analyse, il y a succession et alternance de transferts classiques
et de transferts narcissiques.

 

Psychothérapie
éricksonienne

 

La
perspective qui sous-tend l’œuvre d’Erickson consiste à aider l’intégration
personnelle et le développement des patients, en facilitant les mécanismes
inconscients qui travaillent en permanence à notre équilibre. Erickson
considère que l’hypnose représente un état privilégié de fonctionnement dans
lequel le sujet aura la possibilité de se restructurer lui-même de façon plus
satisfaisante. Pour Erickson, des troubles ou des symptômes apparaissent
lorsque l’inconscient n’a pas fait son travail, pour une raison ou pour une
autre qu’il ne nous est pas toujours possible de connaître.

La thérapie
éricksonienne est faite par le patient lui-même dans la mesure où le thérapeute
lui fournit le contexte et l’occasion pour ce faire. Le premier rôle du
thérapeute sera d’enseigner au sujet à fonctionner à un niveau inconscient,
c’est-à-dire en hypnose. Parallèlement, le thérapeute va activer chez son
patient des chaînes d’associations psychologiques, en procédant par allusion,
en utilisant les résonances des mots, et par l’utilisation d’un « langage à
plusieurs niveaux » (Godin,1989) de sorte que des réaménagements soient mis
en route. Tout se passe comme si le thérapeute aidait le patient à mettre en
route des programmes inconscients de recherche de solutions à des problèmes. Il
s’agit, en fait, d’un processus d’apprentissage d’un type particulier.

A aucun
moment, le thérapeute ne dira au sujet ce qu’il doit faire comme c’était le cas
avec l’hypnose classique. C’est le sujet qui inventera de nouveaux
comportements et qui trouvera des solutions grâce à la stimulation de sa
créativité.

Il est
remarquable qu’il n’est ni nécessaire, ni souhaitable que le sujet prenne
conscience du travail qui se passe en lui. Ce qui compte, c’est la relation
entre le Conscient et l’Inconscient que la séance va faciliter. Cette
intégration sera en particulier facilitée pendant les régressions en âge qui
appraîtront au cours des séances de travail.

 

Etats limites de l’hypnose

 

Dans
certaines situations, des sujets, en dehors de toute induction hypnotique,
présentent des comportements qui évoquent, dans une certaine mesure, ce que
l’on observe en hypnose. Chertok, après Férenczi, évoque le cas de patients
qui, en cours de psychanalyse, se mettent d’eux-même en état de transe, et il
parle de l’intérêt pour tout psychanalyste, même s’il ne doit jamais la
pratiquer, de recevoir une formation à l’hypnose. Ces situations pourraient
être appelées « hypnose sans hypnotisme ».

Par ailleurs,
dans certaines thérapies, l’hypnose n’apparaît plus, comme lorsqu’Erickson
s’occupe de son fils de trois ans, le petit Robert, qui vient de se blesser
(Haley, 1984). Erickson se contente d’utiliser les mécanismes psychologiques
qu’il a découverts grâce à sa pratique de l’hypnose. Les mots du thérapeute
sont là pour aider le sujet à évoquer des directions utiles, et à mettre en
route des processus inconscients, mais il n’y a pas de transe apparente. On
peut parler « d’hypnotisme sans hypnose » (Weitzenhoffer, 1989) pour
définir ces situations.

Il s’agit
là de cas limites où les mots hypnose et hypnotisme sont utilisés par extension
de langage, et qui sont fonction des définitions que l’on veut bien donner aux
mots hypnose et hypnotisme.

En
conclusion, nous ne pouvons que nous étonner du paradoxe que des possibilités
thérapeutiques considérables de l’hypnose, que nous venons de décrire et de
celles encore à découvrir, ont à l’heure actuelle peu d’importance dans
l’enseignement de la médecine et de la psychologie. La France a été à l’origine
de la thérapie hypnotique dans le monde, et, paradoxalement, elle ne reconnait
actuellement à cette approche qu’une place limitée, en contraste avec d’autres
pays (l’hypnose est enseignée dans les Universités médicales en Grande Bretagne
depuis 1955, et aux Etats- Unis depuis 1958). Cependant, l’hypnose est à
l’intersection de tous les niveaux d’organisation physiologique et
psychologique.

 

La
réhabilitation en cours dont témoigne le nombre considérable de médecins qui
depuis plusieurs années ont entrepris une formation, ainsi que la parution de
revues françaises consacrées à ce sujet laisse présager d’une plus grande
utilisation et de nouveaux progrès.

 

 

 


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